>"Ses paupières sont sucrées. Des commissures sourdent du miel, saturé. De ses cils dégorgent des gouttes de confiture, rouges, jaunes, oranges, couleurs de cernes aux fruits. De ses sourcils transpirent des sirops multicolores. Des cristaux se forment, opaques, voilés d'or et de pourpres collants et coulent lentement sur les pommettes, où les doigts hésitent à toucher, s'empoisser les mains dedans, impuissantes. Le fleuve poursuit son cours, millimètre par millimètre, torturant la peau qui frémit à chaque seconde. Passé le nez, doucement les lèvres subissent à leur tour l'assaut. La langue se lance alors à l'attaque, lèche autant qu'elle peut, se bat, fouille, fouisse, essaie mais toujours une partie de la rivière douce reste hors de portée.
Le menton finalement atteint, les gouttelettes se forment avec une patience infinie, l'attente, l'envie que cela cesse, la peau qui étouffe, le bruit lourd qui s'écrase sur le sol.
Je suis fatigué."